Attentes

Je m’efforce d’arriver dans un nouveau pays avec un esprit neutre. Je ne m’informe pas, je ne lis pour sûr pas le moindre guide touristique. Je ne veux pas avoir de préjugés avant même d’être arrivée, je veux voir par moi-même. Si possible, aucune attente. Ça a bien fonctionné jusqu’en Turquie. Je ne savais pratiquement rien des tous les pays visités jusqu’alors. Avant d’arriver en Iran, j’ai bien entendu plusieurs fois de la bouche d’autres voyageurs que l’hospitalité y était incroyable, mais c’est tout, et c’ était plutôt positif.

Pour l’Inde, c’est différent. L’Inde suscite et excite rêves, passions et fantasmes. Que cela me plaise ou non, j’allais entendre tout un tas d’histoires sur l’Inde avant même d’y avoir posé les pieds. J’ai eu les classiques comme “L’Inde, soit tu adores, soit tu détestes”. Bien avant même d’entamer ce voyage, j’ai entendu “Tu n’as rien vu tant que tu n’es pas allé en Inde” et “Aucun pays n’est comparable à l’Inde”. Je n’avais pas trop aimé cette dernière déclaration. Comme pouvait-on dire une telle chose ? Je trouvais que c’était injuste vis-à-vis des autres pays, sûrement remplis d’habitants formidables et d’incroyables aventures qui n’attendaient que moi. Mais cela a continué. On m’a conté les odeurs, les sons et les couleurs censés être si intenses ici, la vie elle-même qui prend une autre dimension. J’ai entendu des gens parler d’« être prêts » pour l’Inde – ou pas. Lentement mais sûrement, glanées ici et là, ces quelques phrases insinuent en vous attentes et espérances. Il faut s’efforcer – et ce n’est pas facile, l’esprit étant ce qu’il est – de régulièrement, consciencieusement se débarrasser de ces attentes, sans quoi vous ne saurez recevoir tout ce qui vient à vous de façon simple et neutre. Voir, sentir, connaître par soi-même. Ressentir par soi-même, sans passer le tout au filtre des expériences des autres. Plus simple à dire qu’à faire, mais le jeu en vaut grandement la chandelle.

Je pensais n’être pas prête pour l’Inde – et c’est exactement pour cette raison que j’ai décidé d’y aller. A Erevan, sur un coup de tête, j’ai changé mes plans qui devaient me faire prendre la route du Nord, par le Turkmenistan, l’Ouzbekistan, le Kirghistan et la Chine pour un saut Iran-Inde, et je suis allée déposer ma demande de visa à l’embassade indienne. Je me suis arrangée pour arriver en même temps que deux bons amis, je prévoyais de passer le premier mois avec eux, ce serait ma petite sécurité.

J’aime bien voir des “signes” ici et là, selon mon bon plaisir. Ils m’indiquent que le chemin que j’ai choisi est pour l’instant, pour moi, le bon. Je ne prends en compte que les bons signes, pas de mauvaise prémonition qui tienne ! Dans le Sud de l’Iran, j’ai rencontré Fulvia, une italienne fraîchement débarquée d’Inde via Dubaï. Chose tout à fait compréhensible puisqu’elle arrivait tout juste, elle ne parlait que de ce qu’elle venait de vivre. Elle me faisait de l’Inde un tableau si poignant que j’en conçus quelques peurs. « Oh non, ne t’inquiète pas, me dit-elle, je te décris tout ça pire que ça ne l’est pour qu’une fois sur place tout te paraisse tout à fait supportable. On avait fait la même chose pour moi ! ». En l’espace de deux jours de conversation, elle passa de « Ce n’était pas pour moi le moment d’être en Inde donc je suis partie » à « Mais pourquoi diantre suis-je partie ? Il faut que j’y retourne au plus vite ! ».

Je suis remontée jusqu’à Shiraz, toujours en compagnie de Fulvia. Là-bas nous avons rencontré un Indien qui rentrait au pays par la route après presque une décennie passée en Allemagne. Il avait un sacré sens de l’humour en même temps qu’un ton apaisant. Je luis fis part de certaines de mes peurs. Il me dit « Tu m’as l’air plutôt prête. Il y aura du positif pour toi en Inde, ne t’inquiète pas. » J’ai cessé de m’inquiéter et l’excitation a commencé à me gagner complètement.

Dans l’avion, j’étais assise près d’une dame dont les mots m’assuraient, de nouveau, que tout allait être pour le mieux – j’avais juste à arriver dans un état d’esprit neutre, comme d’habitude, et à laisser les choses venir à moi simplement.

Que puis-je dire de tout ce que j’ai entendu sur l’Inde avant d’arriver, après plus de deux mois ici ?
Tout ce qu’on m’avait dit est juste, et en même temps rien ne l’est. Une chose est sûre, l’Inde est un grand, un immense pays (on parle quand même du sous-continent Indien, ça vous donne une mesure valable), extrêmement divers. Vous pouvez y trouver absolument tout et son contraire et les deux sont souvent juxtaposés, ce qui rend le contraste frappant.

Mais pour moi, l’Inde est surtout l’endroit où l’on commence à s’abandonner, ou il faut accepter de perdre le contrôle. C’est là où vous commencez vraiment à ne plus tout pouvoir comprendre. Il faut accepter, sans chercher à ce que tout fasse sens. Et si vous avez de la chance, un peu plus tard, la signification de certaines choses vous sera dévoilée spontanément.

Bienvenue en Inde !

(et si vous vous attendez à trouver des vaches et des détritus en Inde, au moins vous ne serez pas déçu!)

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