Boris et Prague

Je pensais réussir à rédiger régulièrement pour vous quelques articles spécifiques, mais je suis bien trop occupée à vivre toutes sortes d’aventures. J’ai en revanche écrit pour moi-même quelques textes et de nombreuses notes, et j’ai décidé d’en remanier brièvement quelques uns pour le blog, afin que vous ayez autre chose à vous mettre sous la dent (ou bien devrais-je dire sous l’œil ?) que des photos et des sons. Dans les semaines qui viennent, vous allez donc régulièrement (disons, tous les deux jours) avoir quelque chose à lire, jusqu’à ce que j’ai plus ou moins rattrapé (si faire se peut !) mon retard…
N’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous pensez de ces textes (et à me signaler les inévitables fautes de frappe et d’orthographe); j’espère que vous aurez plaisir à les lire !

Boris et Prague

Je rencontre Boris en allant boire un coup avec mon premier hôte à Prague. Il est grand, souriant, et il me serait difficile de lui donner un âge. Il fait plutôt jeune, mais on sent qu’il a vu et fait beaucoup de choses. Il a en fait 38 ans, et plusieurs vies derrière lui. Il a été marié, avait un job bien posé et bien payé aux Pays-Bas… il est maintenant divorcé, a un boulot à temps partiel mal payé, et en plus de ça organise des karaokés, ainsi que des tournées des bars pour les touristes des auberges de jeunesse. Il sera mon deuxième hôte CS à Prague, et nous parlerons beaucoup. Après une des ses soirées karaoké, Boris commence à s’ouvrir sur ses histoires de cœur du moment. Je l’écoute dans la nuit alors que nous marchons dans Žižkov, et au fil de nos conversations, à force de connecter entre elles les petites histoires et anecdotes, je finis par avoir un bon aperçu de ce qu’a été son histoire, et surtout de son histoire d’amour avec la capitale tchèque.

Boris est néerlandais, et son histoire avec Prague commence par un voyage de classe. La ville et le pays lui plaisent, il y retourne régulièrement à compter de cette année-là. Toutes ses vacances, il les passe en République Tchèque (qui était alors la Tchécoslovaquie), il campe, sillone le pays en voiture, s’assoit à Prague dans des cafés où les touristes ne vont pas afin de s’imprégner de la langue. Après son divorce, il a une relation avec une fille de Prague, et pendant deux ans fait des allers-retour entre Prague et les Pays-Bas, une ou deux fois par mois. Après avoir quitté sont boulot, il navigue entre les deux pays, une semaine ici, deux semaines là-bas… Des fêtes, de l’alcool, des actes manqués et deux avions ratés, il finit par rester.

Pendant sa première longue période à Prague, il fera tout d’abord exclusivement la fête, pendant trois mois, avec force drogues et alcool; il dort dans une auberge de jeunesse. Au bout de trois mois, il se voit proposer une sous-location de deux mois; c’est moins cher que l’auberge, il déménage. Une nuit, l’auberge a besoin de quelqu’un pour remplacer au pied levé le réceptionniste, et c’est Boris qu’on appelle, celui qui organise déjà des “pubs crawl” pour les touristes de passage. Enchanté de son travail et de ses initiatives, les gérants lui proposent de revenir travailler quant il veut, ce qu’il fera pendant un an. Puis, à force de rencontrer des gens et de parler, on lui propose un poste pas trop fatigant mais bien payé puisqu’à haute responsabilité chez un coursier célèbre, en tant qu’administrateur réseau (aux Pays-Bas, il était informaticien).

Ce poste, il le gardera trois mois. Il aurait pu rester plus longtemps, mais le hasard en a voulu autrement. Après trois mois de travail, il a ses premiers congés et compte partir au pied levé pour Berlin ou Budapest, selon le train qui partira en premier. La veille, il fait bien sûr la fête. Alcool, LSD… En rentrant il tchatte avec une amie mexicaine sur internet. Une fois le soleil levé, comme convenu avec lui-même, il prépare son sac pour Budapest ou Berlin. Mais une fois sorti de chez lui, encore sous l’effet des drogues, il ne prend pas le chemin de la gare, mais celui de l’aéroport, où il achète un billet aller-retour pour… le Mexique. Il compte y rester six jours, puis retourner travailler. A l’arrivée, son amie l’attend. Mexico ne lui plaît pas; ils partiront vite dans la ville natale de son amie, à huit heures de route de la capitale, et de l’aéroport. Lorsque le jour de son départ, deux heures avant son vol, il se souvient qu’il est censé quitter le pays… il est bien sûr trop tard. Il appelle donc son boss, pour arranger un petit délai supplémentaire. Le patron pense à une blague, qui n’est pas de son goût. Et lui finalement répond que non, il ne peut pas rallonger ses congés. Boris lui dit alors qu’il se voit dans l’obligation de démissionner, puisqu’il est à Mexico et ne pourra pas rentrer à temps. N’y ayant plus de travail, rien ne l’oblige alors à rentrer tout de suite en Europe, et certainement pas le peu d’affaire qu’il a dans son appartement. Il appelle d’ailleurs son coloc, pour lui demander de mettre ses affaires et son bel ordinateur dans un carton, et de sous-louer sa chambre. Le coloc promet de s’en occuper, tout va bien. Quelques mois plus tard, après avoir passé deux semaines dans la jungle, quand il allume son téléphone, il voit que son proprio (l’appart à Prague était à son nom) a désespérément essayé de le contacter. Car le fameux coloc s’est fait la malle, emportant absolument tout le contenu de l’appartement (y compris les quelques affaires de Boris, naturellement). Et il y a deux mois d’arriérés de loyer. La caution étant d’un mois, il reste un mois à payer. Les dernières économies de Boris y passeront.

Après cette mésaventure, il voulait pourtant retourner dans la jungle. Il envoie un message à sa mère. Il est fauché, malade, peut-elle lui envoyer 25 euros pour payer le bus ? En lieu et place de ces quelques euros, sa mère lui enverra un billet d’avion pour les Pays-Bas. Avion qu’il prendra, cette fois. Aux Pays-Bas, il se fait tester pour toutes les maladies qu’il aurait pu attraper là-bas, et pour savoir ce qu’il a. On pense à la dengue, mais ce n’est finalement qu’une pneumonie. Il se refait une santé pendant six mois aux Pays-Bas, puis irrémédiablement attiré, retourne à Prague. Cela fait maintenant trois ans qu’il y est de nouveau, mais il songe à repartir…

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