Bureau de Poste (Turquie)

Aujourd’hui, pour vos yeux ébahis et par très grande exception (mais ne me demandez pas pourquoi, il n’y a pas de raison, réjouissez-vous seulement), une petite aventure obliterée du jour-même (et non relue, corrections pleins feux mes amis)!

Aujourd’hui à Diyarbakır, capitale kurde de l’est de la Turquie, mes compagnons de voyage Küç et Alfi ainsi que moi-même sommes allés au bureau de poste. Nous voulions des timbres pour mettre sur des cartes postales, ainsi que poster lesdites cartes (car on ne voit que rarement des boîtes aux lettres des PTT en Turquie), et je voulais envoyer une enveloppe avec suivi, afin d’être sûre que ma missive arrive relativement rapidement. Le tout a pris près d’une heure.

Lorsque nous sommes arrivés, il y avait peut-être trois personnes devant nous. Mais l’opération du monsieur alors au guichet semblait déjà prendre des plombes… Pas grave, ça va bien finir par finir, on attend gentiment. Et d’autres personnes arrivent, et font la queue. On se retrouve vite à environ 15 personnes dans le petit bureau de poste. Je suis accoudée à un guichet vide. Un homme arrive, déballe un sac plastique plein d’enveloppes de toutes tailles déjà affranchies, pose ce tas sur le guichet, fait le tour de celui-ci, et se met à tamponner les enveloppes et à les jeter dans le bac orange du courrier au départ. J’observe le tout, il a l’air d’être habitué et de savoir ce qu’il fait, il tamponne à merveille. Remplit un registre et s’en va. Le client au guichet n’en a toujours pas terminé. Mais qu’est-ce qu’il peut bien fabriquer de si compliqué ? D’autres personnes arrivent. Notamment deux qui ont, comme l’homme de tout à l’heure, un paquet de lettres affranchies à tamponner et faire partir. On sent un peu de tension dans l’air, mais tout le monde prend son mal en patience tout en poussant de longs soupirs. L’employé indique aux deux messieurs qu’ils peuvent passer de l’autre côté du guichet, et tout en continuant sa transaction, leur explique comment tamponner leurs lettres avant de les mettre au bac. De la poste self-service dites-donc ! Les gestes sont fort maladroits, on retourne le tampon qui n’encre pas assez, on se demande où il faut oblitérer… Puis le coup de main vient. Mais il y a des lettres un peu différentes, en recommandé je suppose, qui nécessitent plus de timbres. Combien ? Le plus vieux des deux hommes n’arrête pas d’importuner l’employé, en lui tirant la manche comme un gamin, sans attendre qu’il ait au moins fini sa phrase, pour demander si le nombre de timbres convient, maintenant.

Je ne comprends rien à la conversation, mais on dirait que le client du guichet, toujours le même et ça fait maintenant une demi-heure, pige encore moins que moi. L’homme qui attend son tour juste après lui se met à lui expliquer lui aussi le fond du problème. Mais ça ne suffit pas. L’employé se tourne vers moi. Mais à cause de ma lettre suivie, il ne peut pas me faire passer avant ou en même temps, dommage, il avait l’air prêt à le faire. Il continue à imprimer toutes sortes de choses pour le premier client sur une de ces vieilles imprimantes avec les feuilles à trous. Tout le monde commence franchement à s’impatienter, surtout l’homme derrière moi, quand arrive un type qui me passe devant et se met à faire la queue juste devant moi. Il sent très fort, l’odeur de quelqu’un qui vit dans la rue et ne se lave pas souvent. L’homme après qui il se trouve maintenant se retourne et lui dit qu’il doit faire la queue comme tout le monde, mais l’autre râle un truc, d’une voix haut perchée et avec un ton qui ne laisse aucun doute sur l’existence d’une légère déficience mentale. Le justicier se tait à contrecoeur. Mais comme ça dure toujours cette histoire interminable avec le client au guichet, le vieux de derrière moi s’y met aussi, et à deux, ils arrivent à faire quitter sa place à l’opportun. Je crois même qu’il a quitté le bureau de poste plutôt que d’aller faire la queue. Les deux apprentis guichetiers ont terminé de tamponner à tout va, tout est dans le bac, ils sont partis. De temps à autre quelqu’un vient pour une question, on se dandine et on râle dans sa barbe, mais finalement c’est très calme si l’on considère que ça fait près de trois-quarts d’heure que tout le monde poireaute de concert !

Le premier client s’en va enfin. Le monsieur devant moi, avec ses 5000 liras dans les mains (2300 euros environ, quand même !) et son formulaire de dépôt déjà rempli, se voit rembarré, je ne sais pas pourquoi. Le pauvre, après avoir attendu gentiment tout ce temps. Arrive donc mon tour. Je demande les dix timbres à deux liras, il faudra insister pour en avoir le bon nombre, l’employé n’a pas compris et ne nous en donne que cinq; c’est le vieux de derrière qui répète mes mots (c’était pourtant clair, le vieux a répété exactement la même chose que moi !) pour qu’on récupère le nombre adéquat. Et arrive le pompon : il n’y a plus de rouleau de code pour les lettres suivies ! Son ami l’a pris (?), enfin c’est ce que je comprends. Tout ça pour ça… (les cartes postales n’étaient pas les miennes). On colle les timbres, on donne les cartes à l’employé, et on sort. Une fois dehors, je réalise que mes chances sont minces de trouver un autre bureau de poste avant 17 heures, l’heure à laquelle ils ferment, et qu’on a mieux à faire de toutes façons. Je retourne dans le bureau donner mon enveloppe à l’employé toujours assailli de toutes parts, en priant pour qu’il ne l’oublie pas dans un coin, et pour qu’elle arrive au plus vite, tant pis pour le suivi, je vais devoir faire confiance au service de base (normalement dans le sens Turquie -> Europe ça va – par contre dans l’autre sens pour des lettres ou des colis de particuliers, il faut compter… entre un et trois mois !)…

Le plus impressionnant dans toute cette histoire, ce fut la patience d’ange de l’employé ! Un homme d’une quarantaine d’années avec de beaux yeux bleus sous des sourcils et cheveux sombres, le teint mat. Il n’a JAMAIS perdu son calme, a tout géré au mieux sans jamais se presser outre mesure, n’a jamais perdu son calme face à au client du début si dur à la comprenette. En gros, il a toujours agi comme si il n’y a avait que deux ou trois personnes à faire la queue, et non une petite vingtaine…  Et tous les poireaux du bureau, pareil, plutôt calmes finalement. Vraiment incroyable. Je connais d’autres endroits où ça aurait jasé et péroré, râlé, voire gueulé depuis un bon bout de temps… Enfin j’ose espérer pour ce pauvre employé et pour tout le monde que ce cas de figure était exceptionnel, à cause de ce fichu client du début… Et j’espère surtout que ma lettre arrivera dans des délais raisonnables.

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