Cyrilliques

(Pas vraiment relu, probablement plein de fautes d’inattention, n’hésitez pas à me les signaler !)

En arrivant en Ukraine, je m’attendais à trouver du cyrillique, et il y en eu, partout. En arrivant en Bulgarie, après un bref passage en Roumanie, où les mots, en plus d’être en alphabet romain, sont d’origine latine (home sweet home), je me suis de nouveau trouvée nez-à-nez avec du cyrillique. Surprise ! Je ne savais pas que les bulgares utilisaient du cyrillique aussi (je ne m’étais jamais interrogée là-dessus, en fait). Et en arrivant en Serbie, j’étais un peu perdue : ici des devantures en alphabet romain, et là du cyrillique. C’est tout mélangé. Ils n’arrivent donc pas à se décider ces braves gens ? Laissez-moi aujourd’hui vous conter un peu de cyrillique.

Tout d’abord, si j’avais été moins inculte, je n’aurais pas été surprise de trouver du cyrillique en Bulgarie, puisque ce sont eux qui passent pour avoir inventé cet alphabet. Et ils en sont très fiers ! Bon, bien sûr, les Macédoniens clameront que ça vient plutôt de par chez eux, et les grecs vous diront que les deux frères qui passent pour avoir inventé cet alphabet sont nés à Thessalonique. N’empêche que les Bulgares ont carrément un jour férié pour fêter leur alphabet (et leur littérature, du même coup, c’est la fête des lettres en fait), le 24 mai, et je trouve ça trop cool !

Revenons à notre alphabet. Vous apprendrez presque en même temps que moi que c’est un alphabet “bicaméral“, c’est-à-dire qu’il comporte deux versions de chaque lettre, communément appelées “majuscule” et “minuscule”. On en déduira que l’alphabet romain actuel est bicaméral également. Tout le monde croit (en Bulgarie aussi, le guide n’était pas très au point) que c’est l’évêque Cyrille, aussi connu sous le nom de Constantin le philosophe, qui l’a inventé. Et bien non, apparemment, Cyrille aurait inventé un autre alphabet, qui porte le doux nom de “glagolitique” et a fait long feu, bientôt supplanté (cela n’est pas certain, mais l’on suppute que l’alphabet glagolitique est antérieur au cyrillique) par celui mis au point à la fin du IXème siècle par l’un des disciple de Cyrille, le bulgare Clément d’Ohrid. Il a choisi de donner à ce système d’écriture destiné aux langues slaves le nom de son maître et professeur, d’où le nom de “cyrillique”. Pour la petite histoire, Cyrille va de pair avec son frère Méthode, et ils ont été proclamés en 1985 par Jean-Paul II co-patrons (avec Saint Benoît) de l’Europe, ainsi que me l’a appris mon cher ami Wikipédia. La grande Histoire, elle, a retenu que Cyrille et Méthode sont à l’origine de l’écriture cyrillique, et deux majestueuses statues des deux hommes trônent de part et d’autre des portes de l’entrée principale de l’université de Sofia. Celles-ci ne sont d’ailleurs ouvertes que deux ou trois fois l’an pour des occasions spéciales, et l’on dit que les deux saints aiment à regarder les jeunes vierges (le sont-elles encore ?) qui sortent fraîchement diplômées par ces portes à la fin de l’année (hm hm…).

Bref. Les bulgares sont extrêmement fiers de leur alphabet, et ils ne sont pas les seuls. En fait, tous les peuples qui l’utilisent vous expliqueront que c’est le meilleur alphabet au monde, parce que le plus efficace : une son=une lettre, pas de combinaisons imbéciles comme notre “ch” ou nos diverses manières d’écrire le son /o/ par exemple. Bon, c’est vrai qu’il est plus concis, mais il y a quand même des signes diacritiques, faut pas exagérer (et pour moi, ça a été le plus difficile je crois, différencier deux lettres presque identiques mais pas tout à fait, comme le Ш et le Щ ; qu’il vienne pas m’embêter, le coup du “e” et du “é” en français, c’est quand même pas beaucoup plus compliqué, c’est juste les gens qui apprennent qui ne font aucun effort). Ah, et aussi, comme tout le monde pense que cet alphabet est russe, puisque les russes s’en servent (et qu’il y a beaucoup plus de locuteurs), on va vous préciser que l’alphabet cyrillique bulgare, c’est l’original, et que les russes en utilisent 98%, rendons aux Bulgares ce qui appartient aux Bulgares.

Est-ce que le cyrillique est difficile à apprendre ? Pas vraiment. Un petit cours particulier dans le bus, quelques moyens mnémotechniques pour se souvenir des lettres traitresses qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à des lettres latines, mais n’en sont point, comme le H qui est un N et le B qui est un V – mais ce dernier exemple n’est pas surprenant pour un linguiste, les phonèmes /b/ et /v/ étant intimement liés dans l’évolution des langues, ils forment même en français ce qu’on appelle une paire minimale; et leur prononciation en espagnol, c’est freestyle un coup comme un V, un coup comme un B, un coup entre les deux selon le pays ou la région ou le mot, vous voyez que je n’invente rien – et roulez jeunesse. Le reste, c’est de la pratique, et ça va assez vite. Promenez-vous dans un pays cyrillique, regardez-autour de vous, et à force de voir “Kафe-Бар” (Café-Bar) sur les vitrines, vous aurez vite fait de retenir que “ф” c’est /f/, que “Б” c’est /b/, et que le “p” n’est pas votre ami, car c’est un /r/. Il y a quelques lettres qui m’échappent toujours parce que je ne les ai pas rencontrées assez souvent, ou qu’elles ne sont pas pareilles partout, mais j’ai trouvé ça très amusant d’apprendre à déchiffrer le cyrillique. Notamment parce que les mots qu’on voit dans la rue sont internationaux, ou issus du français souvent. Du coup, on déchiffre, on déchiffre, et oh! “Napoléon” ! C’est une petite victoire à chaque fois (il m’en faut peu, je sais).

Mais continuons. Il y a quelques variantes nationales. Tel pays utilise quatre lettres qui n’existent pas dans tel autre, et inversement, etc. Par exemple, tous les pays slaves n’utilisent pas le Я, qui est pourtant très cool, et qui se dit “ia” (j’aime bien aussi le Ю, qui se dit “iou”). Au niveau des signes diacritiques, chacun se fait sa petite sauce. Beaucoup ont des cédilles à droite, appelées crampons, comme pour le “tse” Ц. L’ukrainien a aussi un macron, un petit truc sur le “N à l’envers” : й (c’est une semi-consonne qui se prononce comme un Y français en début de mot, “ié” pour faire simple). On remarque également le petit délire du “Ь”. Ce n’est pas une lettre, c’est un “signe séparatif mou” qui “ramollit” la consonne qui la précède. Les russes en ont même une version “dure”. Mais les serbes, eux, ne s’en sont pas embarrassés : ils l’ont systématiquement attachée à la consonne en question, ce qui fait une nouvelle lettre (il y a du coup plus de lettres en cyrillique serbe qu’en cyrillique ukrainien, je crois). Ainsi, par exemple et pour faire simple, Л+Ь=Љ (et ça s’appelle une ligature, quand on attache ainsi deux lettres – le Л est un “L”, et le “Љ” est comme le “ll” espagnol).

Pour moi, la grosse source de fascination, ça a été la Serbie, qui utilise les deux alphabets. Vous imaginez, deux alphabets ? Sur les panneaux routiers, c’est dans les deux alphabets, ça reste pratique. Sur les magasins et les menus, c’est au bon plaisir du gérant. Comme c’est très très phonétique au niveau de l’orthographe, c’est pas compliqué, si vous connaissez l’alphabet latin serbe et l’alphabet cyrillique serbe, vous pouvez passer de l’un à l’autre mécaniquement. Vous écrivez exactement comme vous le prononcez. Du coup, à l’école, les enfants apprennent les deux, et utilisent l’un ou l’autre presque indifféremment (bon, mon ami Lazar m’a dit que c’est pas tout à fait indifféremment, pour les examens par exemple, le cyrillique est privilégié, ainsi que dans l’administration; et mon ami sus-mentionné Wikipédia m’indique que pour les journaux par exemple, le cyrillique indique plus d’élitisme, tandis que l’alphabet latin est plus grand-public, voire prolo).

Ah, dernière petite chose, l’alphabet cyrillique porte aussi le nom de “azbuka” (du moins en Serbie !), et le mot est construit exactement sur le même principe qu’”alphabet”, az-, bu- et ka-  étant les nom premières lettres de l’alphabet dans sa version originelle. Amusant, non ?

Bref. La prochaine fois, pour ceux qui n’ont pas encore capitulé, on apprendra ce qu’est une langue “Ausbau” et quelle bête on désigne par “Chtokavien”. Ah, et il y aura interro sur les mots et expressions en gras, aussi. À bientôt les amis ! :)

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