La Voie soyeuse – Epilogue

La Voie soyeuse

Tranches d’Arménie

Epilogue

Chapitre précédent : Fruits secs

Au début de notre périple, en partant avec Artyom, j’avais prévu de continuer directement sur l’Iran. Géographiquement parlant, c’était parfait. Mais après seulement quelques rencontres et aventures, j’avais décidé de repousser l’Iran à plus tard, de rester en Arménie pour raconter ces quelques jours qui m’ont tellement marquée. Je savais que si je changeai de pays, je n’allais jamais trouver le temps de tout rédiger, et je savais qu’en Iran l’atmosphère serait bien différente, que je risquais de ne plus être « dedans ». Alors j’ai dit au revoir à Küç tout au bout de l’Arménie, et je l’ai laissé faire l’Iran toute seule, après près de plus de deux mois de voyage ensemble. J’avais décidé de ne pas laisser cette histoire-là s’échapper !

 Pour rentrer à Erevan, nous fûmes encore une fois plus que chanceux. Le premier conducteur était un vieux monsieur qui aimait son pays, et racontait à Artyom tout les endroits en Arménie où il avait été passer ses vacances. Il nous déposa à Kapan. Là, nous avions une dernière mission : un ami d’Artyom y faisait son service militaire, et nous voulions lui rendre visite. Nous n’avions que son nom. Il fallait avoir au moins son matricule et sa division, pour avoir une chance de le voir, et nous sommes de plus arrivés en dehors des heures de visite. Nos chances étaient minces, mais c’était sans compter sur la gérante d’une petite épicerie juste à côté des portes de la caserne, qui me posa quelques questions, et décida que j’étais une française-arménienne. « Elle est venue exprès de France pour le voir ! Il faut faire quelque chose pour l’aider ! » Elle avait le contact de plusieurs officiers de la caserne, elle les appela tous et tira assez de ficelles pour qu’en moins d’une heure, nous nous retrouvâmes dans une petite pièce avec un poêle étonnamment peu efficace, à attendre Tigran, l’ami d’Artyom. Comme quoi, il faut toujours avoir une française à ses côtés, ça peut servir ! Vingt minutes avec lui nous avaient été accordées. Agréable surprise, Tigran parlait français, et même très bien puisqu’il était capable de plaisanter dans la langue de Molière, Cela rendait? la petite supercherie – involontairement, nous n’avions simplement pas contredit la version de la bonne femme – encore plus vraisemblable. Nous saluâmes chaudement Tigran , lui donnâmes les dernières pommes dont Ophélie avait garni nos poches à notre départ de Tatev, remerciâmes vivement la petite dame de l’épicerie, qui était tout , et entreprîmes de rentrer sur Yerevan – nous avions encore un bon bout de chemin à parcourir.

 Un premier véhicule (le deuxième de la journée) nous permit de sortir de Kapan, et nous laissa sur une petite route qui grimpait. Il faisait gris et humide, quelques gouttes tombaient de temps à autre, un vrai temps de fin de vacances. Une nouvelle voiture s’arrêta bientôt. Un couple, à qui nous demandâmes s’ils pouvaient nous déposer au prochain gros croisement. Mais certainement. Quelques minutes de conversation plus tard, il s’avéra qu’ils étaient en fait en route pour Erevan. Formidable ! Il fut convenu que nous pouvions rester avec eux jusqu’à la capitale. Arytom continua de discuter avec eux, et s’aperçut bientôt qu’ils n’allaient pas vraiment à Erevan. Non, encore mieux, ils allaient… à Ashtarak ! Le village d’Artyom, exactement là d’où nous étions partis. Une chance pareille est parfois difficile à croire, mais c’est bel et bien ce qui arriva. Ce dernier trajet fut sympathique, mais frais. Il n’y avait pas le chauffage dans la voiture – parce que cela fait consommer plus d’essence, je crois. J’étais dans un état de béatitude frigorifiée, à me remémorer nos aventures tandis qu’un paysage déjà connu défilait lentement sous mes yeux. Là-haut sur la montagne, la station télé ! Et là, l’endroit où nous avons attendu fait du stop après le petit-déjeuner ! Une partie du trajet ne fut composé que de virages dans un brouillard où l’on ne voyait pas à cinq mètres – et c’est dans cette partie là bien entendu qu’il nous fallut dépasser nombres de camions iraniens à grand renfort de coups de klaxon pour prévenir l’éventuelle voiture arrivant en face. Ce petit jeu me causa quelques frayeurs, je dois bien l’avouer…

On nous déposa donc pratiquement à la porte du vieil appartement soviétique, plus froid que jamais. Heureusement, les épaisses couvertures étaient aussi efficaces qu’à notre départ. Je suis restée quelques jours à Ashtarak, puis j’ai dû retourner sur Erevan, et j’y suis restée. Je m’y suis fait des amis, j’ai rencontré de nombreux musiciens, j’ai fait une petite pause dans mon voyage. Je me suis récrée un petit chez-moi fort agréable. Anecdote amusante, nous avons avec Artyom revu plusieurs fois Tigran, le manager du groupe de rock qui nous avait pris à la sortie de Dilijan. C’est le seul conducteur que j’ai jamais revu après avoir fait du stop – mais je ne reviens pas sur mes pas, d’habitude, et Erevan n’est pas très grand. Tigran nous a présenté les autres membres du groupe, et certains sont devenus des amis, eux aussi.

Ma vie sociale était de plus en plus remplie, et je tentais d’écrire cette histoire du mieux que je le pouvais, tout en me souvenant que j’étais censée être en route pour l’Iran. J’ai rallongé trois fois mon visa arménien, histoire de me laisser un peu plus de temps, je n’étais jamais assez loin dans mon récit, jamais prête à repartir. La troisième fois, l’employée m’a dit «  trois tampons, c’est la limite. A la fin de ce visa, il vous faut déguerpir, compris ? ». Compris. J’avais de toute façon commencé à écrire de moins en moins et à boire de plus en plus – saviez-vous que le vodka-tonic, c’est plutôt simpa comme boisson finalement ? – je sentais bien qu’il fallait que je m’arrache à l’Arménie, où je n’allais pas savoir comment m’en défaire. J’avais déjà passé dans ce tout petit pays presque autant de temps qu’en Turquie…

 Voilà, vous savez à peu près tout de ma Voie soyeuse. Il me reste deux albums photo à partager, mais j’attends pour ça d’avancer un peu dans la version anglaise. J’espère que cela vous a plu. Elle fut pour moi un plaisir à rédiger, un challenge aussi (le challenge maintenant, c’est surtout l’adaptation en anglais). Je n’avais certainement pas prévu de finir la publication en Inde seulement, et je sais que cela en frustre certains de me voir raconter des histoires de monastères perdus dans le brouillard alors qu’au moment où je tape ceci, je me balance dans mon hamac et qu’il fait 35 °C, mais… c’est ça ou rien, mes petits lapins !:) Encore un peu de patience, et je partagerai bientôt mes récits indiens avec vous. D’ici là, portez-vous bien !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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