Pourquoi je n’ai pas appris le hindi (et c’est un peu de ma faute)

J’ai lamentablement échoué. Je n’ai pas réussi à apprendre le hindi en quatre mois passés en Inde alors qu’en cinq semaines en Iran, j’avais quand même appris pas mal de persan. Quelle honte! Il faut bien vous dire qu’en tant que linguiste amateur, le hindi pour moi, c’était comme le Saint Graal. C’était ma porte vers le sanscrit, le “indo” dans “arbre des langues indo-européennes”. En apprenant le hindi, je pouvais commencer à établir des liens (au niveau du vocabulaire) entre des langues séparées par des milliers de kilomètres de distance. Fascinant ! Mais je n’ai pas réussi à apprendre le hindi. Je ne peux même pas le lire. Quel lamentable échec !…

Enfin tâchons de ne pas nous apitoyer trop longtemps. Les raisons de mon échec sont, me semble-t-il, dignes d’intérêt, et ce sont elles que je veux partager avec vous maintenant. Cela vous donnera une idée de la situation linguistique de l’Inde. Tout ce qui suit est basé, comme d’habitude, à cent pour cent sur mon humble expérience, et vous donnera également une idée de toutes les villes que j’ai visitées pendant mon séjour en Inde. Nous parlerons de motivation, de planification linguistique et d’attitude, encore et toujours. Et puis de géographie, aussi :) . Alors, prêts pour une petite trempette dans l’Inde linguistique ?

Motivation : des hauts et déboires

Le coup des alphabets

On m’a dit un jour qu’il n’y avait que 14 alphabets dans le monde. Même si cela me paraissait bien peu, même si cette information avait toutes les chances d’être fausse, j’avais décidé de ne pas investiguer l’affaire. Cela me permettait en effet de relever un défi assez simple : apprendre à lire tous les alphabets du monde. Quatorze, ça devait être possible, non ? C’est ce que Küç et moi nous sommes efforcées de faire en Géorgie, en Arménie, puis séparément en Iran. Küç était très enthousiaste elle aussi, les deux faisant la paire nous faisions des progrès rapides. Arménien, géorgien, arabe/persan, j’avais aussi appris plus tôt pendant mon voyage à lire le cyrillique, et puis il y a quelques années le japonais, on ajoute à cela l’alphabet latin, tout allait bien. Tout allait bien, oui… jusqu’à ce que je mette les pieds en Inde. Un jour alors que je discutais de mon petit défi des alphabets avec un ami indien, celui-ci m’a conseillé de regarder de plus près n’importe lequel des billets de banque que j’avais dans la poche, et de compter. Ce que je fis sur-le-champ… Sur les seuls billets de banque indiens, on compte pas mois de DIX-SEPT alphabets ! Certains sont presque identiques, ce qui abaisse un peu le total, mais tout de même. De toute évidence, il y a bien plus de quatorze alphabets dans le monde et mes chances de les savoir tous les lire sont bien faibles maintenant. Sur le moment, j’étais grandement déçue.

Un billet de 20 roupies – de ce côté-là il y a moins d’alphabets, et il y a Gandhi qui se paye ma tête

Entre-temps j’ai trouvé cette jolie carte qui donne une idée plus précise du nombre d’alphabets dans le monde…

Effets pervers

J’ai passé ma première semaine en Inde à Varanasi. C’est une ville qui grouille d’étrangers, et beaucoup d’entre eux parlent hindi, et parlent même très bien – du moins c’est ce que j’ai entendu dire. Alors si ces sexagénaire Britanniques sont capables d’apprendre le hindi, ça va être super facile pour moi, non ? C’est ce que j’ai pensé sur le coup, sans réaliser que les sexagénaire en question viennent depuis de longues années passer plusieurs mois par an en Inde. Et c’est là qu’intervient une part de psychologie perverse. La même chose m’était arrivée pendant les premiers jours en Iran. Si on me dit – ou bien si je me convainc moi-même – qu’une langue est « facile » à apprendre, par un tour de passe-passe plus ou moins conscient, je deviens persuadée que sans bouger le petit doigt ou le moindre neurone, rien qu’en restant assise là avec la langue partout autour de moi, je vais l’absorber en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire cette phrase bien trop longue. Devinez quoi : ça ne marche pas comme ça ! Pour apprendre une langue, il faut faire quelques efforts. Il faut au moins essayer, activement, sans relâche. Ensuite, selon vos capacités d’apprenant (c’est à dire, si vous êtes « doué pour les langues » ou non) vous allez au final être capable de baragouiner quelques mots ou bien de tenir une conversation. Mais une chose est sûre : il faut être actif ! Au tout début donc, j’étais tout bonnement bien trop fainéante pour apprendre quoi que ce soit.

Changement de tactique

Une fois que j’ai eu réalisé qu’il me fallait remuer mon derrière tout blanc d’Européenne pour arriver à quelque chose, j’étais de nouveau très motivée. J’avais appris pas mal d’autres langues en route, alors pourquoi pas le hindi ? J’étais en fait tellement motivée que j’ai décidé de tester une nouvelle méthode d’apprentissage : j’ai fait l’acquisition d’une méthode appelée « Teach yourself Hindi ». Puisque j’allais rester plus de quatre mois en Inde, autant faire les choses correctement, non ? J’ai donc acheté la version « sérieuse », celle qui vous donne de bonnes bases de grammaire, celle qui vous amène quelque part. Je savais qu’un simple guide de conversation allait me frustrer au bout de 2 jours et 10 pages. J’ai donc acheté ma petite méthode… et je ne l’ai jamais ouverte ! Juste avant de partir, je l’ai donnée à une française qui restait à Bombay plus longtemps, avait déjà des bases et voulais approfondir ses connaissances. En fait, ma plus grosse erreur a été d’ouvrir le livre une fois, en plein milieu, là où le hindi est écrit… et bien en hindi tiens. Du coup j’ai cru qu’il fallait absolument que j’apprenne à lire avec l’aide des locaux (ce que préconisait la méthode dans l’introduction d’ailleurs) avant de pouvoir vraiment utiliser mon livre. En fait, dans les cinq premiers chapitres, il y avait une transcription en alphabet latin. J’aurais donc pu, même sans lire l’alphabet, étudier ces cinq premiers chapitres, et ça aurait déjà été beaucoup. Je vous passe les détails de mon humeur quand je me suis rendue compte de l’étendue de ma bêtise, qui n’avait alors d’autres noms que connerie pure et fainéantise extrême.

Une question de contexte

Quand j’ai eu réalisé que je n’étais pas le genre de personne à apprendre une langue avec un bouquin, si bien conçu soit-il, j’ai réfléchi un peu à la manière dont j’avais appris les autres langues. C’est purement et uniquement une question de contexte. Je suis capable d’apprendre d’acquérir les bases de nouvelles langues rapidement, si et seulement si cette langue se retrouve dans mon environnement immédiat. J’ai besoin d’entendre et de voir cette langue partout autour de moi. J’observe, j’analyse, j’écoute attentivement, je prends des notes, je pose des questions et au bout du compte, j’ai appris quelque chose. Mais pour ça, j’ai besoin d’un contexte cohérent. Pour que j’apprenne le hindi, il aurait fallu que tout les gens autour de moi parle hindi entre eux (c’est là que les réseaux d’hospitalité deviennent pratiques) et que tout soit écrit en hindi, ou en hindi et en anglais, au pire. Si vous croyez que l’Inde, c’est ça, un environnement linguistique continu et cohérent avec du hindi du Nord au Sud et d’Est en Ouest, vous vous fourrez le doigt dans l’oeil, au bas mot! Laissez-moi vous conter les langues de l’Inde, et vous allez vite comprendre la nature de mes difficultés à apprendre le hindi.

(à suivre)

Let’s not lament for too long though. I think the reasons why I didn’t learn Hindi might be of interest, and that’s why I want to share them with you. It will give you a sketch of the linguistic situation in India, as usual based a 100% on my humble empirical experience. It will also give you an idea of all the places I’ve been to in India. What follow will pertain to motivation matters, language planning and attitude towards language. And geography :) . Ready for a linguistic dip into India?

Motivational up-and-downs

The alphabet-blow

I had once heard, I don’t know where, that there are only 14 alphabets in the world. I suspected that information not to be true but decided not to check it. Remaining in the dark about it allowed me to sign up for the challenge of learning to read them all. That’s what Küç and me where trying to do as we were travelling together. She was an enthusiastic partner and together we dutifully learned to read Georgian, Armenian and Persian. I had learned before how to read Cyrillic and Japanese, and of course I know the Latin script. So it was all going pretty well… until I came to India. One day, as I was explaining the alphabet challenge to a friend, he told me in a smirk to have a closer look at any of the bank notes I had in my pocket. I did. On an Indian bank note alone, there are SEVENTEEN different scripts! Some of them are quite similar, bringing the count down a bit, but still, there are clearly a lot more than fourteen scripts in the world and my chances of learning them all are now a lot dimmer.

An Indian 20 roupees note, the side with LESS scripts and the face of Gandhi laughing at me for being so naive.

In the meantime I found this pretty map of the world’s alphabets. Count them, it’s surely more than fourteen… (borrowed from boredpanda.com)

Perverse effects

For my first ten days in India, I was in Varanasi. A lot of foreigners stick around the place and a lot of them can actually speak good Hindi – or so I’ve been told. So if all those 60-something British tourists could learn Hindi that well, it would be dead easy for me, right? That’s when psychology comes in. It’s not the first times it happens to me. The same thing happened at the very beginning of my time in Iran. If you tell me (or if I convince myself) that one particular language is going to be easy to learn, I somehow subconsciously believe that it is going to magically come to me. I think that I won’t have to do much, I’ll just absorb it by sitting around. Well, it doesn’t work like that. To learn a language, you have to at least try, and try hard. Tirelessly and whole-heartedly. Then, depending on your personal language-learning abilities, you’ll end up having picked up more or less of it. But you definitely have to at least try! So I was way too lazy at first, because I thought I would be easy.

Change of method

Once I had realised I had to actively try to learn Hindi to get some results, I was actually quite motivated again. I had learn as much as possible of all the languages on the way, so why not Hindi? I was in fact so motivated that I was willing to try out a new way of learning languages: with a self-help book (the one I bought was quite explicitly called Teach yourself Hindi). Since I was going to stay several months, I thought I could learn it “seriously” with the help of that book. I chose the real stuff, the harder book. The version that gets you somewhere, gives you some proper grammar, not the simple phrase-book that, I knew it, would leave me frustrated after 2 days and 10 pages. So I bought the book… and never opened it. In the end I gave it away to a French girl who was living in Bombay and could already read Hindi. You see, my big mistake was that I had opened the book somewhere in the middle, and saw that you needed to be able to read the script to make use of the book. I thought that I would start with that, with he help of the locals. I realised way too late that the first 5 chapters actually had a transcription into English as well. So I could actually have at least studied those by myself and I would have learned a lot, even without reading Hindi. Needless to say that I was quite angry at myself…

A question of environment

So I realised that obviously, I wasn’t the learn-from-a-book type of learner. How I did I pick up the other languages on the way then? It’s all about the environment. I need to see and hear the language around me all the time, everywhere. I pay attention, I observe, I listen, I repeat, I take notes, I ask questions and in the end I have picked up something. But for this I need consistency. To learn Hindi, I would have needed the people around me to consistently speak Hindi between themselves (for that part, online hospitality networks usually come in handy) and everything around to be written in Hindi as well (or Hindi and English). If you believe that it is actually how things are over there, if you think that India is a continuous and homogeneous linguistic environment with Hindi all over the place from North to South, and West to East, you’re WRONG. A thousand times wrong! I’ll tell you how it has been for me and you will understand pretty fast where my Hindi problem laid.

(to be continued)

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