Pourquoi je n’ai pas appris le hindi (et ce n’est pas de ma faute!)

Le début de l’histoire se trouve ici. [...] Si vous croyez que l’Inde, c’est ça, un environnement linguistique continu et cohérent avec du hindi du Nord au Sud et d’Est en Ouest, vous vous méprenez de la plus belle façon ! Laissez-moi vous conter les langues de l’Inde, et vous allez vite comprendre la nature de mes difficultés à apprendre le hindi.  Vous comprendrez aussi un peu mieux ce que j’ai bien pu trafiquer là-bas. Et comme je suis sympa, je vous ai dessiné une zolie carte pour vous aider à mieux visualiser le toutim (par contre comme ça m’a pris environ une éternité de préparer la carte en anglais, je ne vais pas pousser le vice jusqu’à en faire une en français!).

La première semaine, j’étais à Varanasi. Ça parlait et ça lisait hindi, oui, mais j’avais juste retrouvé mes amis autrichiens Julia et Simon, avec qui je converse en allemand. Et puisque qu’exceptionnellement, afin de pouvoir facilement passer plus de temps avec eux, je dormais dans des maisons d’hôtes et non chez des locaux, je n’avais pas d’amis indien tout neuf dans les parages pour m’apprendre mes premiers mots. Ajoutez à cela que l’Inde peut s’avérer assez étourdissante et que j’étais donc bien occupée à ne pas trop vaciller sous le coup de moult émotions toute fraîches – pas encore d’attaque pour le hindi. Bon, en fait j’ai quand même fait un peu attention. Mais il m’a juste semblé que le Hindi se parlait terriblement vite, une langue très liquide, loin du mélodieux persan que je venais de quitter à regret. Pas moyen, à ce moment-là, d’identifier des mots distincts dans la soupe de sons qui parvenait à mes oreilles débordées.

Une nuit dans le train, et j’étais arrivée à Bhubaneswar, dans l’Odisha. Personne n’avait répondu à ma requête d’hospitalité à temps et après avoir essuyé quelques refus dans les hôtels locaux, je me suis retrouvée hébergée par… cinq italiens. J’ai donc parlé anglais et français avec eux, et je ne suis de toutes façons restée qu’une nuit, avant de partir toute seule pour Konark, où je ne suis aussi resté qu’une nuit. Puisque je je ne faisais que passer en Odisha et que j’etais principalement en contact avec des étrangers, je n’avais meme pas remarqué qu’on était passe de l’hindi a l’oriya et j’avais a peine pris note du fait que l’alphabet local avait également changé et n’avais plus aucun lien avec celui utilisé pour l’hindi.

Une autre nuit dans le train et voilà que j’étais a Hyderabad, dans l’Andhra Pradesh, ou la langue officielle est le telegu, assistée de l’ourdou. Bien sur, le telegu a son propre alphabet, sinon ce ne serait pas drôle, n’est-ce-pas ? J’ai passeé quelques nuits a Hyderabad chez mon premier hôte indien. Il etait censé m’apprendre à lire le hindi, mais nous étions trop occupés a communiquer en anglais. J’avais un millier de questions à lui poser sur la culture indienne !

Une nouvelle nuit dans le train et j’étais a Bangalore dans le Karnakata. La langue locale est le Kannada et devinez… nouvel alphabet, bien sûr. C’est a la fois très joli et très compliqué. Je suis restee une seule nuit chez un couple charmant qui n’etait pas originaire de la ville ni de l’etat. Je crois qu’au moins l’un d’entre eux parlait hindi.

Une derniere nuit dans le train et voilà que mon épopée, traverser l’Inde en train en une semaine, prenait fin avec mon arrivée à l’ashram d’Amma, dans le Kerala. Un ashram tel que celui d’Mata Amritanandamayi est un endroit très fréquenté, et surtout un lieu où apprendre une nouvelle langue n’est la priorité de personne. J’ai de plus retrouvé là-bas Julia et Simon, et je suis donc repassée à l’allemand en plus de l’anglais omniprésent avec tous les autres résidents de l’ashram, certains d’ailleurs très intéressants. J’étais de nouveau un agent français infiltré et j’ai parlé anglais ou allemand avec tout le monde, même les franchouillards – ne pas dire que je suis française m’amuse beaucoup. Il y avait de nombreux indiens à l’ashram mais il y avait une nette séparation indiens/étrangers et les deux groupes ne se mélangeaient guère. Je suis restée là-bas dix jours.

Après tout ça j’ai rallié Trivandrum, la capitale de l’état du Kerala.  Le nom indien en est Thiruvananthapuram et c’est là que j’ai décidé de revoir mes objectifs à la baisse: si déjà je pouvais quitter chaque ville en étant capable de me souvenir de son nom indien et de le prononcer correctement, ça ne serait pas si mal… En sortant de l’ashram, je me suis rendu compte que la langue locale était en fait le malayalam, souvent abrégé en « malou ». Est-il bien nécessaire de le préciser ? Le malou a un magnifique alphabet qui lui est propre (je réalise maintenant que j’aurais dû prendre des photos de tous ces alphabets pour pouvoir vous montrer ça en action, mais sur le moment je n’ai pas réalisé que j’allais en avoir besoin). Accessoirement, le Kerala est l’état qui possède le plus haut taux d’alphabétisation de tous le pays. A Trivandrum je suis restée avec Aashish, qui est rétrospectivement la personne avec laquelle j’allais, par la suite, apprendre le plus de hindi. Aashish parle hindi… terriblement vite! Il n’est pas originaire du Kerala, il vient du Nord de l’Inde, d’un état où le hindi est langue officielle.

En quittant Trivandrum, je me suis mise à voyager avec une australienne, un espagnol et un indien. L’anglais était de mise, de toute évidence, et nous avons laissé à notre ami indien la charge linguistique d’effectuer toutes les transactions avec les locaux. Je crois qu’il parlait de nombreuses langues. Nous avons changé d’endroits toutes les une ou deux nuits, voyageant ainsi jusqu’à l’extrémité Sud de l’Inde puis remontant la côte du Tamil Nadu. Les deux garçons durent rentrer en Kerala et nous avons continué avec Rachel jusqu’à atteindre Pondichéry. Pondichéry, bien entendu bien connu pour… sa communauté de locuteurs français ! J’ai pu converser longuement avec la propriétaire de notre maison d’hôtes, en anglais et en français, sur le thème des langues. A part ça, nous n’avons pas eu beaucoup de contacts avec les locaux (le premier jour, l’Inde était fermée de toutes façons – c’est-à-dire en grève).

Quand je suis arrivée à Chennai, j’ai pu m’intéresser de plus près à la langue locale, le tamoul. Il s’agit d’un dialecte de la version du Sri Lanka tout proche. C’est là que j’ai appris que les tamils sont très réputés pour… tout bonnement refuser de parler hindi ! La plupart ne l’ont jamais appris et s’ils savent le parler, ils font en général tout pour ne pas l’utiliser. En parlant avec moi, ils passaient donc directement à l’anglais sans même essayer de voir si je parlais hindi. Ce qui n’arrangeait pas mon affaire, bien sûr ! Je ne l’ai pas réalisé sur le coup, mais si j’avais pu apprendre une langue indienne, c’est en tamoul que j’avais le plus de chance de faire des progrès. Je suis restée quinze jours d’affilé. Mais même ainsi, tout ne coulait pas de source. Ces deux semaines ont été découpées en quatre séjours chez trois hôtes différents. Et la formidable famille chez qui je suis restée le plus longtemps était originaire… du Bengale, et parlait donc bengali. Essayez donc d’apprendre quoi que ce soit, hindi ou tamoul, dans ces conditions-là ! Durant mon sejour a Chennai j’ai quand meme reussi à apprendre… environ trois mots de tamoul – et il m’en reste a present à peine un. Je dois admettre que j’ai vraiment pris du bon temps a Chennai, et je m’amusais bien trop a suivre les conversations érudites (en anglais) de mes nouvaux amis pour  trop me soucier du hindi ou du tamoul. Mais les sonorités tres liquides du tamoul me sont maintenant tres familières et bien agréables, même si je m’en suis contentée.

Une nouvelle nuit dans le train et voilà que je me retrouvais a Hampi, dans le Karnakata ou la langue locale est donc le Kannada, comme a Bangalore. La plupart du temps, lorsque je ne restais pas dans mon coin, j’interagissais avec les autres étrangers ou avec les serveurs népalais des petits restaurants où je mangeais. Pendant mes derniers jours là-bas, passés au HCT du village, les enfants ont essayé de m’apprendre quelques rudiments de Kannada. Mais ils étaient tellement surexcités que j’oublai aussitôt tout ce qu’ils m’apprenaient, après l’avoir joyeusement répété. Eux étaient bien plus prompts à retenir quelques phrases en français, anglais ou allemand.

En quittant Hampi je me suis retrouvée par hasard tout l’après-midi avec un français et c’est l’une des rares fois où j’ai vraiment apprécié de me remettre à parler français pour quelques heures. Puis j’ai voyagé avec une incroyable chinoise pendant trois jours. Comme tous le chinois que je possédais alors se résumait à « nihao », nous avons conversé en anglais. Nous avons visité ensemble Badami et Bijapur. Les deux villes se trouvent dans le Karnataka et nous ne sommes restées qu’une nuit à chaque fois. Nos chemins se sont séparés à Hyderabad. J’ai bien eu une courte leçon de lecture du hindi dans le train pour Bijapur par un jeune homme du cru très enthousiaste, mais c’est tout.

Une bien longue nuit dans le bus et voilà que j’étais de nouveau à Hyderabad, dans l’Andhra Pradesh donc, où j’étais bien trop occupée, de nouveau, à discuter en anglais avec mes amis, pour me soucier du hindi. Je suis restée cinq jours.

Une longue nuit de train cette fois et je me retrouvais à Delhi pour la première fois de mon périple.

Là-bas, j’ai eu plus ou moins trois hôtes. Au début, on m’a arrangé une chambre d’étudiant, mais j’étais en fait toute seule. Ensuite, je suis restée quelques jours avec une famille originaire… du Bengale, de nouveau ! Il s’agissait en fait d’amis de la famille Bengali de Chennai. Mon dernier hôte a été un ami d’Aashish qui m’avait hébergée à Trivandrum. Aashish nous a d’ailleurs rejoint (nous devions aller faire un trek ensemble) et comme il n’avait pas vu son ami U.T. depuis longtemps, ils ont parle Hindi à toute vitesse, tout excités qu’ils étaient alors. De toutes façons, peu d’hindi au programme pour moi puisque une nuit plus tard, Béré, une amie proche francaise, est venue me retrouver pour passer une semaine avec moi en Inde. Nous ne nous étions pas vues depuis plusieurs mois. Francais de rigueur donc, mixe d’un peu d’anglais pour converser avec nos hôtes et ce sera tout, Béré n’étant de toutes façons pas très portée sur les langues. Nous sommes allées ensemble a Agra voir le Taj Mahal et avons flâné dans Delhi, New and Old.

Un bus plus tard et nous arrivions à Chandigarh, une ville concçue par Le Corbusier qui ne nous impressionnera guère. Elle est pourtant louée en Inde en tant que seule ville indienne ayant jamais été planifiée (après l’indépendance en 1947). Nous avons récupéré là-bas un ami d’Aashish qui devait faire le trek avec nous.

Depuis Chandigarh, encore une nuit dans le bus, cette fois-ci version tape-cul, et nous arrivons à Manali, au pied de l’Himalaya. C’est là que j’ai dit au revoir à Béré et rejoint le camp de base du trek, aux côtés d’Aashish et d’un de ses amis.

L’évènement décisif : le TREK

Le trek était organisé par lots. Tous les jours, un nouveau lot arrivait au camp de base et un autre en partait. Le mien était un des plus gros avec cinquante-quatre participants, soit cinquante-trois indiens et moi. Nous étions sept filles au total. Mes compagnons de trek venaient de tous les horizons (indiens) et pour la première fois, j’ai pu enfin observer le hindi fonctionner comme un pont entre tous ces gens. Certains ne parlaient pas anglais du tout. Certains étaient tamouls, mais je ne sais plus s’ils parlaient hindi – je crois que j’ai oublié de le leur demander.  Au final, dans ce contexte, le hindi écrasait les autres langues régionales, unifiait le tout et servait de lingua franca.  Si je n’avais pas été là, ils auraient sûrement fait tout le trek en hindi ou au moins en « hinglish« , ce mélange de hindi assaisonné d’anglais que le hindi devient plus souvent que de coutume. Et quand bien même ! Il y avait un groupe de filles originaires de Bombay qui conversaient  presque exclusivement en anglais, bien que toutes maîtrisassent l’hindi. Quelqu’un m’avait expliqué, avec un air plein de sous-entendus, que c’était ainsi que se comportent les mumbakhars, ces êtres arrogants qui se considèrent « au-dessus du hindi » (attituuuuuude, nous voilà !).

C’était donc ma dernière chance d’apprendre l’hindi mais aussi ma première véritable opportunité. J’ai abandonné toute idée d’apprendre l’alphabet d’abord et je me suis jetée à l’eau en essayant d’apprendre le plus d’hindi possible. J’ai annoncé à la cantonnade que je souhaitais échanger des mots français contre des mots hindi et… ça a plutôt bien fonctionné ! En marchant ou lors des pauses, en échange d’un peu de français, j’ai enfin appris, de quelques enthousiastes indiens, une poignée de phrases en hindi. Effets secondaire des mes conditions d’apprentissage (en trek on marche, on mange, on dort), presque tout mon hindi avait rapport à la nourriture. Je sais dire « la nourriture est prête« , « j’ai faim » ou « j’ai l’estomac plein« . Et bien sûr j’ai saupoudré le tout de quelques mots idiots qui faisaient rire tout le monde à chaque fois que je les employais. Marcher toute la journée, c’est plus facile quand on est de bonne humeur :) . Mais la belle expérience du trek ne dura qu’une semaine, et il fallut quitter l’Himalaya. Jusqu’à ce que nos routes se séparent, Aashish resta un professeur de hindi très patient et moi une très mauvaise élève, contrairement à mon habitude.

Encore un très long voyage en train (le plus long de tous en fait) et j’étais redescendue dans la moiteur du Sud, dans l’état du Maharastra. Dans le bus pour Pune, j’ai joyeusement voulu tester mon hindi tout neuf sur ma voisine de siège, qui avait l’air bien curieuse à mon égard. Elle me retourna un regard vide et interloqué et me répondit quelque chose que je ne compris pas. « Elle parle seulement Marathi, pas hindi » m’expliqua mon autre voisin. J’étais donc pour sûr de nouveau dans le Sud de l’Inde ! Les scripts marathi et hindi sont extrêmements proches, mais c’était déjà presque la fin de mon séjour indien et j’avais le sentiment d’avoir perdu la bataille.

A Pune, j’ai quand même fait une dernière tentative desespérée pour apprendre l’alphabet hindi. J’ai acheté pour 50 roupies (une misère) un de ces cahiers cahiers d’écriture un peu datés où les enfants s’entraînent à tracer leurs lettres. C’est ainsi que je me perfectionne d’habitude, j’avais fait la même chose en Géorgie, en Arménie et en Iran. J’ai appris quelques mots de plus, tracé quelques lettres mais manque de pratique, de motivation puisque je partais bientôt… le cahier a fini par constituer un joli papier pour emballer un ou deux colis que je voulais envoyer. La formidable famille chez qui je suis restée et qui était, pour la petite histoire, d’origine tamoule et donc pas des locuteurs natifs du hindi, a gentiment essayé de m’aider mais ça n’a pas suffit. Peut-être que ce n’était juste pas mon destin d’apprendre le hindi cette fois-ci.

À Mumbai, ma dernière halte en Inde, j’ai bien appris quelque chose… J’ai appris à lire les chiffres en Marathi, parce qu’ils sont ainsi inscrits sur l’avant du bus ! Sur le côté des véhicules, il y a la version anglaise (enfin, des chiffres arabes en fait) du coup c’est facile de s’entraîner au fur et à mesure que les bus passent : on essaye de deviner en lisant sur l’avant et on a la correction tout de suite quand le bus passe ou s’arrête devant vous.  Mais bon, je ne suis même pas sûre d’avoir appris tous les chiffres, je n’ai retenu que ceux dont j’avais besoin parce qu’ils apparaissaient dans les numéros des bus dont j’avais besoin.

Au final OUI, j’ai superbement échoué, je n’ai pas réussi à apprendre le Hindi… mais ce n’est pas vraiment de ma faute, si ? Et puis en fait, je n’étais pas le moins du monde linguistement oisive puisque j’étais tout ce temps-là fort occupée à observer l’objet fascinant que consititue l’anglais indien. Mais ça, c’est une autre histoire pour laquelle il vous faudra attendre encore un peu.

Ze magnifique carte complète

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