J’ai été en Inde

J’ai vu, entendu et ressenti le chaos et j’en ai fait partie.

J’ai goûté de nouveaux mets délicieux et je les ai mangé avec les doigts. Je suis devenue accro aux masala dosas et j’ai tenté de comparer les sambar. J’ai bu beaucoup de chai, mais pas autant qu’en Turquie. J’ai mangé dans la rue, et j’ai eu quelques misères gastriques – les deux n’étant pas forcément liés. J’ai profité de l’immense luxe de trouver la nourriture végétarienne absolument partout où j’allais. J’étais un peu lassée du lait sur la fin, sans pouvoir arrêter de manger le yaourt qu’ils en  font.

J’ai appris à boire comme tout le monde, sans toucher le col de la bouteille. Mais j’ai décidé que je préférais boire à l’européenne. Et pour la première fois, je n’ai pas bu d’eau du robinet, j’ai acheté des bouteilles. En Inde, elles sont remplies d’eau filtrée au moins cinq fois afin qu’il n’y ait plus rien du tout dedans. Il paraît que c’est plus sûr comme ça.

On m’a beaucoup fixée, intensément.

On m’a demandé « une photo M’am » un millier de fois.

J’ai perfectionné mon art de traverser la rue, celui acquis en Turquie puis affiné en Iran.

J’ai joyeusement balancé la tête de côté pour dire « oui », en ajoutant parfois « han ».

J’ai reçu la bénédiction de mendiants extravagants, et j’en ai déçu beaucoup d’autres. Je suis restée très pensive à voir les gamins des rues et à imaginer la sorte de vie qu’ils peuvent avoir. J’ai passé deux petits jours incroyables avec des gamins sauvés de ces mêmes rues.

On a vu en moi un gros porte-monnaie. J’ai profité de tonnes de « privilèges blancs » tout en me sentant coupable d’en bénéficier. On a tout pré-supposé de moi, sur la base de ma couleur de peau : que j’allais payer le premier prix annoncè, que j’allais acheter toutes les babioles chinoises proposées, que j’allais coucher avec le premier type qui oserait demander. J’ai entendu l’avide désespoir des vendeurs dans leurs « Yes M’am ?? » lancés à la volée.

Je me suis habituée à presque tout, des klaxons aux ventilateurs qui tournent partout et en permanence. Mais je n’ai pas pu m’habituer aux déchets. Des rivières de fanges, des mers de détritus, des sentiers d’ordures et des chemins balisés de plastique. Tellement triste.

Je ne sais plus dans combien d’autos je suis montée. J’ai négocié férocement, la plupart du temps. J’ai payé le prix demandé, parfois, quand le chauffeur était honnête ou quand j’étais trop fatiguée pour jouer le jeu. J’ai appris que les kilomètres ne veulent rien dire. Il vaut mieux parler de temps de trajet, et nombreux sont les critères à prendre en compte pour le calculer.

J’ai essayé un sari et me suis sentie jolie.

J’ai appris une nouvelle gamme.

Je n’ai pas appris l’Hindi.

J’ai écrit une chanson, une seule petite chanson.

J’ai fait un trek dans l’Himalaya avec un groupe formidable. Je n’ai pas été à Goa et on m’a souvent demandé comment c’était. J’ai éprouvé les chaleurs de Hampi et la fraîcheur de Manali. J’ai passé une semaine dans le train. J’ai apprécié la brise de Pune, enduré l’air humide de Bombay. J’ai visité beaucoup d’endroits. Et j’ai fini par trouver qu’au bout d’un moment, toutes les villes indiennes se ressemblent.

J’ai fait tout ce que j’ai pu pour éviter la clim, et ce n’est pas si difficile.

J’ai vu le début de la mousson et j’ai été impressionnée.

J’ai eu beau essayer, pas moyen de trouver qu’une moustache c’est sexy. Pareil pour les cheveux oranges fluo après une mauvaise coloration au henné. Par contre j’ai bien aimé les chemises à tout va.

J’ai parlé avec des hindous, des musulmans, des athéistes, des sikhs, des bouddhistes et ce que vous voudrez encore. J’ai entendu de belles choses, et des conneries racistes aussi, comme partout ailleurs.

J’ai pris peur devant les grandes statues et les petites poupées des innombrables dieux. J’ai salué les plus sympathiques. J’ai compris, j’ai senti, j’étais sûre, et puis j’ai douté de nouveau. J’espère avoir grandi un peu.

J’ai souri aux enfants et ils m’ont rendu mon sourire. Leurs mères aussi.

J’ai fait plus d’une rencontre intéressante. Je me suis fait des amis, beaucoup d’amis.

Ca m’a fait bizarre, au début, d’être loin de ce chaos coloré. Je sais que j’y retournerai.

J’ai été en Inde !

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