Et puis parfois, une ville…

Et puis parfois, vous arrivez dans une ville et très vite vous vous dites « je pourrais habiter ici quelques six ou huit mois. » Qu’est-ce qui vous fait penser ça ? Difficile à cerner. Un petit mélange de plein de choses. Une ambiance, un coup de chance. Ou votre propre état d’esprit ?

Peut-être, les kilomètres qui ont précédé votre arrivée, dans un paysage dramatique, sur ce haut plateau balayé par les vents déjà froids. Vous étiez bien chaudement installé dans la voiture confortable de Senold, opérateur pour Türkcell. Le ciel lourd d’orage ; les monts nus, pierreux, le paysage jaune et noir sans un seul arbre à l’horizon. Des cabanes de pierre. Pour les bergers, l’été ? Peu avant Ardahan, des vaches sur la route, plus que d’ordinaire, vous avaient fait ralentir. Et vous vous étiez retrouvés au beau milieu du troupeau traversant la route. Des vaches sombres, grises, noires ou brunes, habillées pour l’hiver. Dans le vert et le gris de l’abord d’un ruisseau, une femme, un parapluie. On ne les voit plus, mais les vaches paissent non loin. Et sous la bâche, dans la remorque, encore, des vaches. A cinq heures on eût dit qu’il faisait nuit. Et tombe la pluie.

 Ou bien peut-être est-ce le fait que si vous grimpez sur la citadelle, vous surplombez la ville, mais surtout vous en voyez la fin. Pas une ville qui s’étend à perte de vue, qui mange la nature alentour, qui l’absorbe en ne la recrachant qu’à regret, par petits parcs verts tristounets. Non, une petite ville bien contenue, pas très grande, aux contours bien nets et entourée, à quelques kilomètres et de tous côtés, de petits monts, comme une muraille. Une petite ville de plateau, dans la montagne. Ararat n’est pas bien loin.

 Peut-être sont-ce les magasins remplis de gros fromages à la croûte sablée, et de miel, sous toutes ses formes. Les deux spécialités, à n’en pas douter, vitrine sur vitrine, inlassablement, dans la rue principale et dans les autres aussi. Ces rues peuplés de bâtiments qui montrent un carrefour d’influence, des façades bien plus russes que turques, du style baltique, un petit patchwork.

Peut-être est-ce les enfants, qui vous courent bien après, mais ne vont pas plus loin que « what’s your name ?», qui n’iront pas jusqu’au « money money » redouté qui a bien fini par en énerver plus d’un. Ou bien le vieux hamam abandonné, les vieilles pierres, le fait que si vous vous baladez au bon endroit, vous vous croiriez dans un village. Avec des bonnes femmes en train de plumer des poulets, en cercle sur les pavés de la ruelle. Et qui vous demandent de les prendre en photos, juste pour être quelque part dans votre album.

 Ou bien peut-être est-ce juste une atmosphère, une autre sincérité dans les sourires, une bienveillance à vous laisser trébucher lorsque vous tentez de parler turc. De toutes façon, ça fait un bout de temps que plus personne ne parle anglais ! Un petit quelque chose, indéfinissable, qui fait que tout le monde s’y retrouve, dans cette ville où il fait -30 l’hiver, où il n’y a alors plus vraiment de route, seulement une grande patinoire. Les psychiatres et autres ophtalmologues rencontrés là-bas sont forcés de travailler quelques mois ou quelques années pour l’hôpital local, comme service au gouvernement. Ensuite ils pourront retourner où bon leur semble. Mais finalement, ils s’y plaisent, et restent souvent un peu plus longtemps.

 Et vous y seriez bien resté un peu plus longtemps aussi, à Kars. La petite ville aura été votre dernière halte en Turquie. Malgré tout, l’excitation grandissait, à mesure que la frontière se rapprochait. Deux mois dans un même pays, vous vous étiez habitué à beaucoup ; les visages, la langue, les sons, la nourriture, les couleurs et les sourires. Après Kars, compteurs à zéro ! Nouvel langue, alphabet, codes et coutumes, un nouveau pays, après Kars, la Géorgie !

(pour les photos, c’est par ici)

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